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 fin de la maçonnerie

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stephane
Calife


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Date d'inscription : 20/12/2005

MessageSujet: fin de la maçonnerie   Dim 26 Fév 2006 - 14:45

Grand Angle

Quand la maçonnerie s'effondre

Valse des grands maîtres, inanité des débats dans les loges... Si les frères du Grand Orient sont de plus en plus nombreux, ils s'enferrent dans les querelles de personnes et les affaires de gros sous. Seul l'ésotérisme se porte bien. Etat des lieux.

par Renaud LECADRE
QUOTIDIEN : jeudi 22 septembre 2005

a façade du 16 de la rue Cadet à Paris est toujours aussi grisâtre, son hall est éventré. Depuis trois ans, les travaux au siège du Grand Orient de France (GODF, alias GO) n'ont pas avancé d'un pouce. Passe encore que le bar ou le restaurant subissent quelques désagréments. Mais la librairie et le musée... A la longue, le chantier fait davantage songer à une démolition qu'à une reconstruction.


Début septembre se déroulait le convent (assemblée générale) annuel du GO, dans un grand hôtel parisien. Comme d'habitude, la première obédience maçonnique française (47 000 frères) a démontré la vitalité de sa démocratie interne. Le grand maître en titre a été débarqué, son successeur élu dans des conditions houleuses, la base remontée contre le sommet : «Sortons les sortants, sortons-les tous.» De débat d'idées, dont les francs-maçons déplorent régulièrement l'absence, il ne fut évidemment pas question. «Nous sommes noyés par les problèmes financiers et pollués par les conflits de pouvoir», résume un dignitaire.

Durant ce «convent de la honte», Alain Bauer a donné sa démission avec fracas. Criminologue dans le civil, grand maître du GO de 2000 à 2003, il symbolise assez bien l'ambition et l'impasse de la franc-maçonnerie française. Il s'était fait élire sur un constat sans concession : la franc-maçonnerie ne doit plus être gangrenée par les affaires et doit cesser de «produire de l'eau tiède». Sur le premier point, son opération «karchérisation» a été plutôt bien menée, avec 75 frères indélicats évincés. Quant au second, son discours d'intronisation aurait pu servir d'adieu, car rien n'a changé entretemps : «Rarement autant de publications n'ont parlé des francs-maçons ; jamais leur influence n'a été, dans le monde des idées, aussi faible.»

Interviews apocalyptiques

Les anciens grands maîtres s'ennuient parfois, car le règlement intérieur leur interdit plus de deux mandats au sein du conseil de l'ordre (conseil d'administration). Rotation des cadres oblige, un ex-GM ne peut généralement plus le redevenir. Un certain nombre de frères, très à cheval sur les statuts, reprochaient à Bauer de se comporter comme s'il était toujours à la tête du GO : la semaine précédant le convent, il avait multiplié les interviews apocalyptiques à l'occasion de la promotion de son livre, le Crépuscule des frères, la fin de la franc-maçonnerie ? (la Table ronde). En pleine assemblée, des délégués ont dénoncé cette incontinence médiatique ; Bauer a exigé de pouvoir répliquer, le convent a refusé son droit de réponse. Tout en reconnaissant qu'il est certainement le plus brillant d'entre eux, les frères n'ont pas résisté au plaisir de lui «clouer le bec», selon un délégué. Bauer en a tiré prétexte pour démissionner, purement et simplement. Parce que le GO ne lui est désormais plus d'aucune utilité après avoir beaucoup nourri son relationnel, raillent ses opposants. Parce que son pessimisme prospectif a trouvé traduction concrète en plein convent, estime l'intéressé. Un frère de base dit son exaspération : «Nous ne voulons plus de grands maîtres qui se croient investis d'une mission. Nous avons besoin d'un épicier qui fait tourner la boutique.»

Son successeur, Bernard Brandmeyer, grand maître jusqu'au printemps dernier, aurait pu prétendre à ce statut. Conducteur de travaux dans un lycée technique, il s'était fait élire sur un profil de gestionnaire avant de basculer dans l'autocratisme, sans le charisme qui va avec. Brandmeyer a été victime, le 1er avril, d'un putsch au sein du conseil de l'ordre. Il avait, de surcroît, mis en cause la gestion de son prédécesseur, ce qui ne se fait pas ­ en maçonnerie, la critique orale est débridée, mais ne s'exprime à l'écrit qu'en ronds de jambe. Pape de transition, Gérard Pappalardo, imprimeur de profession, n'a pas tenu six mois. Le convent déchaîné lui a fait payer son accession à la hussarde. «Renverser un grand maître en cours de mandat, cela ne profite jamais», commente un ex.

La valse au sommet s'orchestre au sein d'une loge particulière, l'une des 1 100 du GO, baptisée Intersection. Parmi ses membres, outre des responsables du PS et de FO, la plupart des anciens grands maîtres réunis autour de Philippe Guglielmi, militaire de carrière, aux manettes de 1997 à 1999, à qui l'on prête le rôle de marionnettiste en chef (il décline aujourd'hui l'honneur, après avoir longtemps laissé dire). L'homme sorti du chapeau au dernier convent, Jean-Michel Quillardet, avocat, est lui aussi membre d'Intersection, qualifiée de «loge P2» par des frères en colère. Une loge comme les autres, rétorque l'un de ses membres, où «des gens qui se connaissent» se retrouvent pour débattre et partager un repas.

27 000 euros de frais «indus»

Les arguments de campagne ne volent pas toujours très haut. L'équipe Brandmeyer s'est vu reprocher ses «frais de bouche» somptueux, certains de ses proches collaborateurs cumulant les notes dans les restaurants du quartier plus huppés que la cantine du GO ­ exécrable, de l'avis général, non conforme aux normes de sécurité ni aux canons des agapes. En août, Pappalardo réclamait à Brandmeyer le remboursement de 27 000 euros de frais «indus». Réplique des sortants, tableaux à l'appui : les «chevaliers blancs» ont dépensé encore plus (le budget annuel des frais de mission du conseil de l'ordre est de 407 000 euros).

La berezina du musée de la franc-maçonnerie transcende les équipes au pouvoir. A l'antique musée du GO (un tablier attribué à Voltaire, un timbre d'époque, quelques livres rares...), il s'agissait d'adjoindre les archives saisies par Vichy, transmises à la Gestapo, récupérées par le KGB et restituées après la chute de l'Empire soviétique. Ce musée avait vocation à représenter l'ensemble de la maçonnerie française. On reproche à Alain Bauer d'avoir voulu le loger dans les locaux du GO, donc de tirer la couverture à lui. Les autres obédiences ont renâclé, le budget du musée à gonflé démesurément (de 1,5 à 7,5 millions d'euros) sous Brandmeyer, pour être récemment abandonné par l'actuelle direction, après 400 000 euros dépensés en de vaines études. Les subventions du conseil régional et de la mairie de Paris, à direction socialiste, ont été sollicitées en pure perte.

L'affaire Sogofim est encore plus absurde. Cette filiale immobilière gère une centaine de temples maçonniques à travers la France. Le GO, de statut associatif, souhaitait réintégrer en son sein cette société anonyme pour en finir avec la gabegie des structures parallèles. Clin d'oeil amical de Nicolas Sarkozy aux maçons, un courrier de Claude Guéant, qui était alors son directeur de cabinet à Bercy, lui indiquait aimablement la marche à suivre pour payer un minimum d'impôts sur les plus-values. La direction de l'obédience a préféré entamer une procédure judiciaire, afin de ne rien verser du tout. Le GO s'est ridiculisé devant les tribunaux de la République, moyennant 43 000 euros versés pour une coûteuse expertise rédigée par une juriste toulousaine, laborieuse ­ et incomplète ­, copier-coller de diverses jurisprudences. Un responsable du GO, Guy Worms, contrôleur d'Etat dans le civil, vient de porter plainte pour abus de biens sociaux. Car la lettre de Guéant, outre qu'elle indiquait la bonne voie, était, elle, gratuite.

La plupart des frères en ont soupé de ces contingences. L'année 2005 aurait dû être un festival maçonnique, avec le centenaire de la loi sur la laïcité et le référendum sur la Constitution européenne. Obnubilé par ses zizanies internes, le GO s'est distingué par son silence, le comble du grotesque étant atteint par une circulaire interne du 27 avril, deux jours avant le scrutin : «Il importe que l'obédience ne soit pas absente sur le terrain de la Constitution européenne.» Un délégué s'est indigné en plein convent : «Cette année, nous avons eu droit à tout sauf de la maçonnerie. Nous avons donné un spectacle lamentable.» Plus prosaïque, un ancien grand maître affirme, off : «Honnêtement, le GO penchait plutôt pour le non.» Il veut dire qu'il valait finalement mieux ne rien dire, avant de lâcher le mot : «Vacuité.»

Voilà où en est le fameux débat d'idées. Chacun en a une pour le relancer. Vainement. Bauer avait lâché, au hasard, la bioéthique, alors que de multiples comités Théodule planchent déjà sur la question. Brandmeyer n'a rien laissé filtrer de ses aspirations intellectuelles, en dehors du fait qu'il conchie les médias «émetteurs de radio-moquette, colporteurs de ragots soi-disant croustillants». Pappalardo a évoqué une prospective sur «les piliers parfois défaillants de la République, éducation, justice...». Bonne idée ! Me Quillardet, proche du président du TGI de Paris au point de le représenter dans la commission de révision des listes électorales du Ve arrondissement (celui de Jean Tiberi), aurait toute compétence pour la mener à terme. Dans son discours d'investiture, le nouveau grand maître s'est «inquiété de l'image dégradée de la franc-maçonnerie et de la perte d'influence du Grand Orient», avant de se réfugier prudemment derrière ces deux bons vieux piliers : laïcité et réforme du règlement intérieur.

La culture de l'ésotérisme

Tout fout le camp, même l'entraide maçonnique. L'ANPE interne du GO (baptisée «commission E», comme emploi) a été supprimée l'an dernier, faute d'embauches suffisantes proposées par les frères. Pourtant, la maçonnerie française a le vent en poupe, recrute à tour de bras, à la différence de la maçonnerie anglo-saxonne, dont les effectifs sont en chute libre. Car les frangins d'ici possèdent un plus par rapport à leurs homologues d'outre-Manche ou d'outre-Atlantique : ils ne se contentent pas de pratiquer la charité publique à l'américaine (au risque de se confondre avec le Rotary Club), ils cultivent toujours l'ésotérisme, fonds de commerce originel du GO. Aujourd'hui encore, les maçons français prennent au sérieux les travaux initiatiques, quand les obédiences étrangères se contentent généralement de collectionner les grades honorifiques.

L'avantage de la franc-maçonnerie, car il faut quand même en dire du bien : son ésotérisme est très encadré, il évite les dérives sectaires. C'est en France qu'ont été codifiés, au tournant du XIXe siècle, la plupart des rites. «Il est inconcevable qu'une foule d'hommes raisonnables s'occupent sérieusement de telles chimères», écrivait alors Jean-Baptiste de Willermoz, chargé de mettre un peu d'ordre dans le fatras. Certains frères du GO, qui, à la différence des autres obédiences, n'ont pas l'obligation de croire au Grand Architecte de l'Univers (une sorte de Dieu laïque), ne peuvent toutefois s'empêcher de ricaner quand leurs dirigeants se piquent de redévelopper le rite égyptien, le plus ésotérique de tous. «Nous vivons une ambiance fin de règne, diagnostique un dignitaire. Et, malheureusement, nous sommes le reflet de la société.»
http://www.liberation.fr/page.php?Article=325490
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Nimzegin
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MessageSujet: Re: fin de la maçonnerie   Sam 25 Mar 2006 - 8:48

Merci Stéphane pour ce texte, je ne connais pas Renaud LECADRE, mais j'ai apprécié le ton de son article Wink
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